eSport

Professionnalisation de l’eSport : de quoi un vrai pro a-t-il besoin pour s’imposer aujourd’hui ?

De nos jours, est-il possible de faire des étincelles en ayant uniquement recours à son talent ? Ou faut-il investir des sommes faramineuses pour devenir un pro de l’eSport ?

Elle est bien loin, l’époque où l’on pouvait simplement jouer à son jeu préféré et, un beau jour, imposer sa suprématie dans le monde merveilleux de l’eSport ! Je serais le premier à admettre qu’il s’agit d’une description fortement sommaire de cette activité. Naturellement, il faut des centaines, pour ne pas dire des milliers d’heures d’entraînement avant d’espérer se faire un nom. Toutefois, depuis quelques années, l’eSport se « professionnalise ». En d’autres termes, établir une stratégie digne de ce nom est indispensable pour passer pro. Mais qu’est-ce que ça signifie exactement ? De quoi un professionnel a-t-il besoin, outre du talent et des réflexes ?

Comme les sports classiques
Même avant l’accord révolutionnaire qui a été conclu au sein de l’ESL Pro League, les teams devaient d’ores et déjà faire face à un écosystème dans lequel savoir évoluer sur le plan commercial était l’une des conditions sine qua non du succès. Eh oui, réunir quelques gamers maîtrisant un jeu sur le bout des doigts n’est désormais plus suffisant pour décrocher le prix tant convoité ! Un environnement résolument professionnel et toute une structure de soutien doivent aussi être au top. Voilà un domaine dans lequel les sports professionnels peuvent nous ouvrir les yeux. À partir d’un certain niveau, pour franchir le pas et devenir pro, il faut prendre en compte un tel nombre de facteurs que solliciter l’aide d’experts est une nécessité absolue.

Depuis quelque temps, les teams les plus prestigieuses de l’eSport s’attachent les services de coachs, suivent un entraînement sans concession et sont signées à tour de bras par des sponsors. Oh, mais ce n’est pas tout, elles intègrent également des psychologues qui préparent les athlètes à gérer la réussite et l’échec. Sans oublier des entraîneurs physios et des équipes de spécialistes en stratégie. Les membres des teams XXL font continuellement la une, et ce, aussi bien dans les émissions TV que dans les streams vidéo. Du coup, ils bossent dur sur leur look ! Actuellement, les joueurs d’eSport sont des sportifs accomplis qui tiennent la grande forme, aussi bien sur le plan mental que physique. Leur succès n’est pas un simple coup du hasard ! Lorsque les eGamers rejoignent des équipes de foot (pour FIFA par exemple, mais également pour League of Legends parmi d’autres titres), ils bénéficient d’une infrastructure parfaitement établie, autrefois exclusivement réservée aux footballeurs professionnels.

La vue de tout en haut
Ne nous voilons pas la face : il y a de plus en plus d’amateurs ambitieux qui s’adonnent aux plaisirs de l’eSport, et même si le nombre de jeux offrant des éléments compétitifs est en nette progression, les gamers s’améliorent constamment ! Pourquoi, demandez-vous ? Tout simplement parce qu’à notre époque, l’eSport est un phénomène de masse : une abondance de joueurs talentueux savent pertinemment qu’ils peuvent vivre de leur passion et même, devenir des stars. Il n’est donc plus possible de se reposer sur ses lauriers et de relâcher la pression après une victoire. Eh oui, la génération de demain talonne déjà de très (trop) près les champions d’aujourd’hui ! Un entraînement continu, une remise en question perpétuelle, ainsi que des connaissances à actualiser et à approfondir sans cesse (et ce, qu’il s’agisse de MOBA, FPS, MMO, etc.) sont les facteurs clés pour rester au top plus longtemps.

Jadis, on pouvait parfaitement se hisser au sommet des classements grâce à son habileté pure et dure, à d’excellents réflexes ou encore à une maîtrise supérieure de tel ou tel jeu. En théorie, c’est toujours possible, mais à partir d’un certain niveau, les découvreurs de talents entrent en scène. Ils sillonnent les LAN Party et les compétitions pour dénicher la perle rare, la future star… N’oubliez pas non plus qu’au tout début, les sommes investies dans l’eSport étaient dérisoires et ne permettaient pas d’en vivre.

Alors, qu’est-ce qu’il faut faire quand on veut devenir joueur professionnel d’Esport ? Trouvez un jeu dont vous connaissez le gameplay comme votre proche et qui déchaînera les passions suffisamment longtemps pour attirer sponsors, organisateurs et spectateurs. Sinon, vous pouvez toujours jeter votre dévolu sur un jeu qui a fait ses preuves, et vous y plonger corps et âme. Sachez dans ce cas-là, que vous devrez en découdre avec de nombreux gamers qui ont une longueur d’avance sur vous. Vous devrez donc vous consacrer entièrement à un seul et unique titre, disputer des tournois en ligne et sur place, puis vous initier aux côtés commerciaux de la chose pour être fin prêt si vous êtes remarqué.

Pour résumer, si vous voulez réussir, vous avez tout intérêt à avoir la tête sur les épaules et à être conscient de tous les pièges et dangers inhérents aux jeux vidéo et à l’eSport.

Le coaching en plein essor
Pour des titres comme Counter-Strike: Global Offensive ou Rainbow Six Siege, les coachs, entraîneurs et meneurs font partie intégrante de tous les tournois. En raison de la professionnalisation de l’eSport, cette tendance va également toucher d’autres disciplines et jeux. Le « Race to World First » de World of Warcraft, qui vient tout juste de se terminer, en est un exemple frappant. Pour la première fois, le chef de raid des gamers américains de Complexity Limit ne faisait pas partie de l’équipe du raid. Il s’agissait d’un coach externe qui visionnait le jeu « de loin » et guidait les joueurs.

On pourrait se questionner quant à la pertinence de World of Warcraft dans le domaine de l’eSport, mais c’est un autre débat. Le fait est que le chef de raid qui établit les stratégies et donne les ordres peut s’affranchir d’un lourd fardeau : celui de devoir jouer en plus de conseiller. Dans une interview, Maximum de Complexity Limit a confirmé que cela avait été le seul moyen pour son équipe de décrocher le premier titre « World First ».

Pourquoi est-ce aussi crucial ? Personne n’est à l’abri d’une erreur… Même les meilleurs joueurs peuvent faire l’impasse sur des détails infimes lorsqu’ils sont complètement captivés par le gameplay. Il peut s’agir de potions de soins qui éviteront un trépas virtuel, ou de capacités prêtes à être exécutées, mais passées à la trappe. Cela dit, en compétition, la moindre omission, le moindre oubli peut faire toute la différence en matière de dégâts et de régénération de la santé. Dans ce contexte sans concession, un meneur bénéficie, à tout moment, d’une vue globale de la situation : quelles compétences sont en cours de recharge, quels talents sont disponibles, etc. Qui plus est, il peut annoncer des actions ou des stratégies sans être obligé de contrôler un avatar sur le terrain. Ce modus operandi permet à l’équipe et au coach/meneur d’éviter de jouer sur tous les tableaux et de succomber à un stress ingérable. Method (guilde qui a préalablement décroché le plus de prix « World First ») envisage aussi d’utiliser cette approche à l’avenir.

Jadis, les coachs étaient des joueurs maîtrisant toutes les facettes de leur jeu de prédilection. Aujourd’hui, ce sont généralement des professionnels formés, entre autres, en psychologie et en sport. Nous sommes témoins du développement naturel d’un sport qui évolue constamment et se professionnalise de A à Z.

Et où va-t-on ?
En plus des nouveaux défis que doivent relever les joueurs souhaitant passer au niveau supérieur pour devenir pros, ces eSportifs en herbe doivent surmonter d’autres obstacles. L’Europe est très en retard sur les USA et l’Asie, principalement en matière d’arènes de compétition. La disponibilité des salles polyvalentes au sein des villes ne suit pas le rythme de la croissance irrésistible de l’eSport et des nombreux fans qui veulent assister aux tournois. Comparées aux rencontres sportives traditionnelles, les manifestations d’eSport exigent des infrastructures radicalement différentes et sont soumises à des contraintes techniques bien plus rigoureuses.

Au cours des prochaines années, force est de constater que l’eSport continuera de se développer. Les possibilités sont presque illimitées pour les athlètes potentiels, ainsi que pour les supporters, sponsors, salles, etc. Et nous avons hâte de découvrir la suite de cette aventure passionnante !